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Place au peuple … chinois

Le XVIIIe congrès du Parti communiste chinois (PCC) de cet automne 2012 aura pour mission de renouveler la direction du Parti et d’en fixer les orientations. Depuis le XVIIe congrès de 2007, la Chine est devenue un acteur majeur sur la scène mondiale, tant sur les plans économique que géopolitique. Xi Jinping, le futur secrétaire général du Parti et chef de l’État, devra désormais répondre aux aspirations du peuple chinois sous peine de connaître un jour des soulèvements tels que ceux survenus en 2011 dans les pays arabes.

Jeu de chaises musicales au PCC

En octobre ou novembre prochain, les délégués locaux représentant l’ensemble des membres du PCC (soit plus de 80 millions sur 1,3 milliard d’habitants) se réuniront pour élire les 204 membres du nouveau comité central. Ceux-ci désigneront alors les dirigeants qui siégeront aux côtés du secrétaire général, dont le nom est déjà sur toutes les lèvres. L’actuel vice-président (depuis 2008) Xi Jinping prendra ainsi la suite de Hu Jintao, qui lui même avait succédé à Jiang Zemin en 2002.

 

Si Li Keqiang est aussi assuré de remplacer Wen Jiabao au poste de premier ministre, des incertitudes demeurent quant à l’ampleur du renouvellement du Bureau politique, dont le petit cercle des neuf membres permanents entourera Xi Jinping. Le populaire secrétaire du Parti de la municipalité de Chongqing, Bo Xilai, était pressenti pour faire son entrée dans ce Comité jusqu'à son récent limogeage, précédé par l'arrestation de son vice-maire, Wang Lijun.

Un habile compromis au sommet de l’État

Avec Xi Jinping et Li Keqiang, deux courants, « élitiste » et « populiste », semblent s’affronter au sein du PCC tant les oppositions sont criantes. Le premier est un « prince héritier » (fils de Xi Zhongxun, ancien vice-Premier ministre durant la période de modernisations économiques de la fin des années 70) ayant bénéficié d’un réseau de relations au sein du Parti. La carrière du second a débuté à la base. Xi Jinping, maire de Shanghai depuis mars 2007, incarne la croissance économique décomplexée des riches zones côtières tournées vers l’extérieur du pays (notamment Taiwan). A l'inverse, Li Keqiang représente les provinces industrielles souvent défavorisées de l’intérieur de la Chine et ses grandes entreprises d’État. Son accession au poste de Premier ministre, qui se doit d’être à l’écoute des questions sociales, apparaît donc logique, surtout au vu de ses actions passées en faveur des retraites et des logements ouvriers.

 

Ces luttes de factions démontrent que le PCC n’est pas l’entité monolithique que la plupart des observateurs occidentaux imaginent. Mais pour préserver une image d’unité à la tête du Parti et donc occulter la sensibilité affairiste de Xi Jinping, les services de propagande n’hésiteront pas à mettre en avant son épouse, Peng Liyuan, vedette populaire de la chanson, ainsi que son expérience de « jeune instruit » envoyé à la campagne par Mao Zedong en 1969.

« Servir le peuple », un vieux slogan dépassé ?

Ces batailles idéologiques laissent planer un doute sur la capacité du gouvernement central à répondre aux attentes du peuple chinois. Mao Zedong avait pourtant écrit : « Servir le peuple de tout cœur, sans nous couper un seul instant des masses ; partir, en tout, des intérêts du peuple et non de ceux de l'individu ou d'un petit groupe ». C’était en 1945, soit presque quinze ans avant la terrible famine (entre 20 et 30 millions de morts) causée par le Grand Bond en avant du Grand Timonier. Hu Jintao n’avait pas dit autre chose en recommandant lors du XVIIe congrès de 2007 le « renforcement du lien de chair et de sang entre le peuple et le Parti ».

 

Les zélateurs du « socialisme de marché » ont pourtant fait le choix de privilégier les investissements au détriment de la consommation. Ceci a certes permis à cet ancien pays du tiers-monde d’accéder au rang de deuxième puissance économique mondiale (devant le Japon depuis août 2010) et de premier exportateur de marchandises (devant l’Allemagne) mais cela a surtout bénéficié aux plus riches et, dans une moindre mesure, à une classe moyenne émergente (au maximum 20% de la population actuellement). La multiplication par sept du PIB entre 1981 et 2001 s'appuie pourtant sur une main d’œuvre située au bas de l’échelle et dont les droits sociaux sont bafoués. Car, comme l’explique l’historien Qin Hui dans un texte largement diffusé en Chine et à l’étranger, au-delà des salaires très bas, ce sont les conditions de travail très dures et l’interdiction des syndicats autonomes qui ont permis à la Chine de surpasser des voisins tels que l’Inde, où le coût du travail est tout aussi peu élevé. La volonté de prendre en compte ces droits sociaux s’étaient jusqu’à présent heurtée aux demandes des investisseurs étrangers. Avec le développement d’une économie davantage tournée vers l’intérieur du pays, l’amélioration des conditions de travail ne dépendra bientôt plus que du bon vouloir des dirigeants chinois.

 

En Chine comme en France, la protection sociale se trouve donc au cœur des revendications légitimes des plus démunis. Parmi eux, les ruraux sont les plus touchés par les difficultés d’accès à l’emploi, à la retraite, au logement, à la santé, aux transports, et à l’éducation. Frappés de discrimination tant que le hukou, livret de résidence visant à freiner l’exode rural, n’aura pas été aboli, ceux qui ont fait le choix d’émigrer dans les métropoles pour y trouver un travail deviennent des citoyens de seconde zone. Là encore, cette injustice trouve un écho en France, où les minorités visibles subissent plus sévèrement les effets de la crise actuelle.

Contenir le risque d’explosion sociale

Si la stabilité du régime « communiste » n’est pas encore menacée grâce au maintien de la croissance au voisinage du seuil fatidique des 8% (9,5% en 2011 et 7,5% en 2012 dans un contexte de récession mondiale), quelques frémissements se sont déjà faits sentir avec par exemple les « grèves » (dont le droit fut supprimé de la Constitution en 1982) déclenchées en mai 2010 dans les usines Honda du Guangdong. Ce nouveau rapport de forces a permis l’augmentation régulière des salaires ouvriers dans les différentes provinces, directement liée à celle du salaire minimum fixée par le gouvernement à 13% par an jusqu’en 2015. La corruption et les malversations des élites, choquantes sur le plan moral et pénalisantes pour le budget de l’État, constituent une autre source d’irritation pour le peuple chinois.

 

Ces préoccupations sociales et morales étaient déjà pointées par Hu Jintao dans son rapport du XVIIe congrès en 2007. Les progrès ont pourtant été insuffisants, aussi faut-il espérer que les dirigeants de la « cinquième génération » menée par Xi Jinping sauront redistribuer plus efficacement les fruits de la croissance, dans le respect de l’environnement, et tout en accordant davantage de droits aux travailleurs pauvres qui en sont les artisans. Le modèle chinois contribuerait alors à l’ébauche d’une alternative viable au système multipartite mais sans gouvernail étatique, c’est-à-dire soumis aux marchés financiers, répandu aujourd’hui en Occident.

 

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Ce(tte) oeuvre de Rodolphe Pollet est mise à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité - Partage dans les Mêmes Conditions 3.0 non transposé.

Il y a actuellement 1 réactions

  • On est loin de l'internationalisme rouge!!

    Domenico Losurdo a bien analysé le phénomène de l'autophobie communiste!

    Votre texte me semble en être un exemple phénoménal!!!

    J'ai essayé de commenter tout cela dans ma contribution ci-dessous qui date un peu, mais pas tellement: :

    http://congres.pcf.fr/30816

    Par Hervé Fuyet, le 15 March 2014 à 14:41.